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Thomas Mulcair taille en pièces le plan vert de Stéphane Dion
Le 2 novembre 2005 - 17:34
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Loin de connaître une embellie, le climat entre le ministre du Développement durable, Thomas Mulcair, et son homologue fédéral, Stéphane Dion, ne cesse de s'envenimer.
Le ministre Mulcair a taillé en pièces, mercredi, la stratégie fédérale sur les changements climatiques, la jugeant injuste envers le Québec, inapplicable et faite sur mesure pour l'Ouest canadien.
Dans un premier temps, Québec veut obtenir d'Ottawa entre 325 et 350 millions $ pour lutter contre les gaz à effet de serre en investissant dans le transport en commun et les trains de banlieue.
De son côté, en mai dernier, l'Ontario a obtenu 538 millions $ des quelque 10 milliards $ qu'Ottawa est prêt à verser aux provinces pour lutter contre le réchauffement climatique d'ici 2012.
Les négociations entre Ottawa et Québec piétinent depuis trois ans dans ce dossier et la patience du ministre Mulcair semble mise à rude épreuve.
Mercredi, il a estimé qu'Ottawa se déchargeait de sa responsabilité sur le dos de la population avec sa campagne "Le défi d'une tonne", qui vise à changer les habitudes de consommation des Canadiens, en vue de réduire les gaz à effet de serre.
"Personnellement, je trouve ça aussi un peu douteux quand on commence à mettre sur l'épaule du public le défaut d'un gouvernement de faire son travail, en disant: Ah! bien, si vous voulez que ça marche, il faut que vous réduisiez d'une tonne", a-t-il déclaré en Chambre, dans le cadre d'une motion présentée par l'opposition en vue de dénoncer la stratégie du gouvernement fédéral quant au protocole de Kyoto.
La stratégie fédérale, "ça ne marche pas", a-t-il dit, dénonçant une fois de plus le fait que "tout est construit en fonction de l'Ouest canadien".
Tout indique qu'il devient chaque jour moins probable que les deux capitales vont réussir à trouver un terrain d'entente avant la tenue de l'importante conférence internationale sur les changements climatiques, où défileront à Montréal quelque 10 000 délégués en provenance de 189 pays, dans moins de quatre semaines.
La semaine dernière, le ministre Mulcair avait dénoncé en Chambre le "mépris" de M. Dion envers le Québec dans ce dossier. Le fossé est rendu tel qu'il ne veut même plus négocier avec lui.
Lundi, dans une entrevue au quotidien Le Devoir, le ministre Stéphane Dion, loin de tenir un discours conciliant, déclarait que le gouvernement fédéral voulait "en demander plus à ceux qui peuvent en faire plus", dont le Québec, et qu'il n'était pas question de tenir compte des "décisions passées", une des principales revendications de Québec.
Aux yeux de M. Mulcair, la campagne "Le défi d'une tonne" n'est même pas applicable au Québec.
"Regardez les documents. Vous allez voir notamment qu'ils disent: Si vous voulez réduire les gaz à effet de serre, éteignez donc des lumières. On n'économise pas des gaz à effet de serre, lorsqu'on produit de l'hydroélectricité, en éteignant des lumières, on économise des gaz à effet de serre en éteignant des lumières lorsqu'on brûle du charbon, par exemple. C'est ça qu'on fait, dans l'Ouest ou en Ontario, mais ça n'a pas de rapport ici", a-t-il fait remarquer.
Il reproche aussi à Ottawa de ne prévoir dans son plan aucun incitatif, ni aucune allocation visant à favoriser le recours à des sources d'énergie qui émettent moins de carbone, comme l'hydroélectricité et l'énergie éolienne.
"Les Québécois produisent la moitié moins de gaz à effet de serre des autres Canadiens", mais seront pénalisés par la stratégie fédérale, a rappelé le ministre.
La position du Québec est la suivante: dans le passé, le Québec a fait des choix énergétiques peu polluants _ en misant sur l'hydroélectricité _ , mais coûteux, et, aujourd'hui, Ottawa doit tenir compte de ce fait dans sa stratégie.
"Le plan fédéral ne reconnaît aucune valeur aux émissions évitées grâce à l'hydroélectricité et à l'éolien. Ça, c'est absolument crucial dans notre approche", a-t-il dit.
Le Québec s'inquiète par ailleurs des impacts qu'aura le plan fédéral de mise en oeuvre du protocole, en particulier sur l'effort supplémentaire demandé à la grande industrie, comme l'industrie forestière et celle de l'aluminium.
Contrairement à d'autres provinces, l'industrie québécoise a déjà accompli les changements les moins coûteux pour réduire leurs émissions.
"Pour le Québec, ce plan équivaut à demander aux Québécois d'assumer un fardeau de réduction disproportionné", calcule M. Mulcair.
L'engagement du Canada consiste à réduire ses émissions de 6 pour cent par rapport à 1990 d'ici 2012.
Québec estime qu'Ottawa met toutes les provinces sur le même pied, à partir de calculs de la quantité de gaz à effet de serre produits dans l'ouest canadien, notamment l'Alberta, où la pollution atmosphérique, générée par l'industrie pétrolière et gazière, est beaucoup plus importante qu'au Québec.
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