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Afghanistan: Dion et Harper tentent un rapprochement
Le 12 février 2008 - 19:14
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| Le chef libéral Stéphane Dion |
Par Isabelle Rodrigue
Semblant vouloir désespérément éviter de débattre de ce délicat sujet lors d'une campagne électorale qui pourrait survenir bientôt, le premier ministre Stephen Harper et le chef libéral Stéphane Dion ont tous deux accepté de mettre de l'eau dans leur vin sur leur position sur le prolongement de la mission afghane.
Les libéraux ont fait le premier pas vers ce rapprochement, mardi, en présentant leur amendement à la motion du gouvernement proposant l'extension de la mission.
Dans les quatre pages de la proposition libérale, on ne retrouve nulle part la mention que la mission de combat doit se terminer en février 2009, une déclaration que M. Dion répète comme un mantra depuis des semaines.
Les libéraux disent plutôt redéfinir la mission, qui se terminerait en 2011, pour la recentrer sur la sécurité, la reconstruction et la formation.
Ainsi, les troupes canadiennes demeureraient dans la dangereuse région de Kandahar, mais les opérations de combat seraient laissées aux soldats des autres pays de l'OTAN.
En conférence de presse, M. Dion a insisté qu'il ne s'agissait pas d'un changement de position, mais il a admis que, selon cette nouvelle définition, l'armée pourrait être impliquée dans des combats si elle le juge bon.
"Il ne faut pas que je m'occupe du travail de nos officiers et de nos généraux, a déclaré M. Dion. S'ils nous disent que pour sécuriser l'équipe de reconstruction provinciale, ils ont besoin d'aller voir ce qui se passe dans tel et tel village, c'est leur travail."
Le chef libéral avait à peine terminé sa conférence de presse que le premier ministre Harper réagissait positivement à cette possibilité de compromis.
"C'est une position très proche de celle du gouvernement", a lancé d'emblée M. Harper, lors d'un point de presse.
Entre le gouvernement et le Parti libéral, "il y a des points communs très importants et le gouvernement va chercher à élargir ce consensus", a poursuivi M. Harper, sur un ton conciliant.
La motion originale des conservateurs proposait la poursuite de la mission de combat jusqu'à la fin de l'année 2011, date à laquelle la mission serait réévaluée avant de décider de la suite des choses.
Le gouvernement conservateur minoritaire avait annoncé que cette motion ferait l'objet d'un vote de confiance au Parlement, d'ici la fin mars. S'il ralliait les libéraux, le gouvernement serait assuré de faire adopter la motion.
Aux Communes, mardi, M. Harper a réitéré son "intention" de mettre fin à la mission de combat en 2011 et de transférer des responsabilités aux forces afghanes.
Pour que le Canada accepte de demeurer en Afghanistan, le gouvernement conservateur a posé deux conditions: que les pays de l'OTAN déploient 1000 soldats de plus à Kandahar, et qu'ils fournissent des hélicoptères et des drones.
L'amendement libéral ajouterait deux autres conditions. Le Parti libéral souhaite que le gouvernement canadien avise immédiatement l'OTAN que la mission canadienne en Afghanistan se terminera le 1er juillet 2011.
Mais plus encore, les libéraux réclament une garantie de rotation des troupes de la part de l'OTAN.
Cette condition est essentielle à la proposition libérale, a fait valoir M. Dion, si on veut que les soldats canadiens délaissent le combat pour assurer la sécurité et l'entraînement.
"Ce n'est pas possible, si on n'a pas des troupes de l'OTAN pour s'occuper des autres aspects de la mission, a soutenu le chef libéral. C'est pourquoi on en fait une condition ferme."
Le premier ministre Harper n'a cependant pas semblé totalement convaincu de l'importance de cette condition.
"Il est important de ne pas ajouter dans cette motion d'autres choses qui pourrait pousser l'OTAN à refuser de déployer plus de ressources", a fait observer M. Harper, lorsqu'interrogé sur cet aspect.
Malgré tout, avec l'ombre d'une élection qui plane au-dessus des partis politiques fédéraux, les deux partis pourraient bien trouver un terrain d'entente.
"Je ne crois pas qu'il soit souhaitable, pour le gouvernement ou pour le pays, de faire une élection sur cette question. Il nous est souhaitable de trouver un consensus bipartisan", a indiqué le premier ministre.
Son adversaire tenait des propos similaires.
"Nous préférerions que l'élément déclencheur d'une éventuelle élection, s'il devait en avoir une, ne soit pas un désaccord sur l'Afghanistan au moment où il y a des Canadiens, des soldats et des civils, qui risquent leur vie en Afghanistan", a soutenu Stéphane Dion, ajoutant qu'il invite M. Harper à s'engager à tenir le vote sur la motion après ceux sur le budget, début mars.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique, qui s'opposent au prolongement de la mission, estiment pour leur part qu'il vaudrait mieux tenir le vote le plus vite possible.
Le premier ministre Harper, qui pourrait trancher, a préféré ne pas "spéculer".
Le vote sur l'Afghanistan pourrait survenir sans connaître la décision française
Par la Presse Canadienne
Le gouvernement français ne décidera que dans sept semaines s'il envoie ou non des soldats en renfort aux troupes canadiennes dans le sud de l'Afghanistan.
C'est donc à dire qu'un brouillard d'incertitude continuera de planer pendant encore plusieurs semaines à Ottawa, au moment où les partis politiques fédéraux débattent du sort de la mission canadienne en Afghanistan et se préparent même à possiblement aller en élection sur la question.
Des diplomates français expliquent qu'ils sont à évaluer différentes options, dont celle d'envoyer des soldats dans la dangereuse région de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, où ils côtoieraient les militaires canadiens.
Ils expliquent que le président français Nicolas Sarkozy fera connaître sa décision lors du sommet de l'OTAN à Bucarest, en Roumanie, au mois d'avril.
Les Français affirment en avoir informé une délégation canadienne de haut rang la semaine dernière à Paris, dont le chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, Ian Brodie, sa conseillère en matière de politique étrangère, Susan Cartwright, et le chef d'état-major de l'armée canadienne, le général Rick Hillier.
L'ambassadeur français au Canada, Daniel Jouanneau, a confirmé que M. Sarkozy annoncera ses intentions lors du sommet de l'OTAN en Roumanie. Il a aussi précisé lors d'une entrevue que quoi qu'il advienne, la France n'a pas l'intention d'imposer de date-butoir à sa présence en Afghanistan.
`La réflexion se poursuit, a-t-il dit. La réflexion continuera au cours des prochaines semaines et elle culminera à Bucarest. C'est là que le président Sarkozy annoncera sa décision."
Quelque 10 000 soldats français sont déployés à l'étranger _ soit cinq fois plus que le contingent canadien en Afghanistan _ dans des pays comme le Tchad et la Côte d'Ivoire, ainsi que dans les Balkans.
Environ 1100 soldats français se trouvent aussi à Kaboul, où ils entraînent leurs homologues afghans, une région nettement plus sécuritaire que celle de Kandahar où se trouvent les Canadiens.
M. Jouanneau a expliqué que plusieurs questions logistiques doivent être réglées avant que la France ne puisse modifier son déploiement en Afghanistan _ notamment, qui remplacerait les soldats français à Kaboul?
Le point de référence du débat qui entoure la présence canadienne en Afghanistan semble maintenant être le rapport du comité Manley. Celui-ci recommande notamment que la mission canadienne soit prolongée au-delà de février 2009, mais uniquement si le Canada reçoit 1000 soldats en renfort à Kandahar.
Le gouvernement conservateur est d'accord avec ces recommandations, et la France semble être la candidate la plus prometteuse pour l'envoi de ces soldats.

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